LE FRANÇAIS AU LYCÉE

MOHAMED   ES SBAI

Professeur de français  OUJDA  - MAROC

Les types de texte

    Le type narratif vise à raconter un ou des événement (s). Il se caractérise le plus souvent par:

-l'emploi du passé simple (et de l'imparfait)

-les verbes d'action (faire, entrer, se baisser, voyager...).

-les indicateurs temporels: dimanche dernier, hier, en 1945, au IV ème siècle av.JC, puis...

Exemple tiré de La Ficelle:

   Maître Hauchecorne, de Bréauté, venait d'arriver à Goderville, et il se dirigeait vers la place, quand il aperçut par terre un petit bout de ficelle. Maître Hauchecorne, économe en vrai Normand, pensa que tout était bon à ramasser qui peut servir ; et il se baissa péniblement, car il souffrait de rhumatismes. Il prit par terre le morceau de corde mince, et il se disposait à le rouler avec soin, quand il remarqua, sur le seuil de sa porte, maître Malandain, le bourrelier, qui le regardait. Ils avaient eu des affaires ensemble au sujet d'un licol, autrefois, et ils étaient restés fâchés, étant rancuniers tout deux. Maître Hauchecorne fut pris d'une sorte de honte d'être vu ainsi par son ennemi, cherchant dans la crotte un bout de ficelle. Il cacha brusquement sa trouvaille sous sa blouse, puis dans la poche de sa culotte ; puis il fit semblant de chercher encore par terre quelque chose qu'il ne trouvait point, et il s'en alla vers le marché, la tête en avant, courbé en deux par ses douleurs.

Le type descriptif vise à caractériser (définir les caractéristiques) d'un objet, d'un lieu ou d'une personne. Souvent, on le reconnaît par ces indices:

-l'emploi de l'imparfait (s'il décrit au passé).

-les verbes d'état: être, sembler, paraître, avoir l'air...

-les adjectifs, les groupes de noms, des compléments circonstanciels et les relatives visant à caractériser:

La voiture rouge( adjectif)/de mon père (CDN)/qui est garée (relative), devant la maison (CCL)...

-les indicateurs spatiaux/ de lieu: en face de, à côté de, devant, dans, sur, au-dessus...

Exemple tiré toujours de La Ficelle:

   Sur toutes les routes autour de Goderville, les paysans et leurs femmes s'en venaient vers le bourg, car c'était jour de marché. Les mâles allaient, à pas tranquilles, tout le corps en avant à chaque mouvement de leurs longues jambes torses, déformées par les rudes travaux, par la pesée sur la charrue qui fait en même temps monter l'épaule gauche et dévier la taille, par le fauchage des blés qui fait écarter les genoux pour prendre un aplomb solide, par toutes les besognes lentes et pénibles de la campagne. Leur blouse bleue, empesée, brillante, comme vernie, ornée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc, gonflée autour de leur torse osseux, semblait un ballon prêt à s'envoler, d'où sortait une tête, deux bras et deux pieds.

Le type injonctif( ou prescriptif) vise à conseiller, recommander ou donner les ordres. Il emploie l'impératif, le conditionnel présent ou parfois l'infinitif:

Exemple tiré  de la fin du Chevalier Double

Jeunes femmes, ne jetez jamais les yeux sur les maîtres chanteurs de Bohême, qui récitent des poésies enivrantes et diaboliques. Vous, jeunes filles, ne vous fiez qu'à l'étoile verte ; et vous qui avez le malheur d'être double, combattez bravement, quand même vous devriez frapper sur vous et vous blesser de votre propre épée, l'adversaire intérieur, le méchant chevalier.

Le type argumentatif: L’objectif du discours argumentatif est de soutenir un point de vue et de convaincre un adversaire, soit pour modifier son opinion ou son jugement, soit pour l’inciter à agir. Comment le repérer ? Quelles sont les différentes marques de l’argumentation ?

1. Repérer le discours argumentatif

Le discours argumentatif défend une thèse au moyen d’arguments étayés sur des exemples. Prenons pour exemple ce texte où Sartre défend l’engagement politique des artistes :
« Puisque l’écrivain n’a aucun moyen de s’évader, nous voulons qu’il embrasse étroitement son époque […]. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain » (Les Temps modernes, n°1).

1.1. Les marques de subjectivité

Le discours argumentatif est un énoncé ancré dans la situation d’énonciation. Il est rédigé au présent d’actualité, le plus souvent à la première personne (ex. : « nous voulons qu’il embrasse étroitement son époque […] »).
Le locuteur est plus ou moins engagé dans son argumentation. Pour exprimer clairement une position subjective, il peut utiliser des modalisateurs, par exemple :
– des adjectifs et des groupes nominaux mélioratifs (exprimant un point de vue positif, valorisant) ou péjoratifs (exprimant un point de vue négatif, dévalorisant) ;
– des verbes de sentiment (aimer, regretter, détester, etc.) et d’opinion (supposer, affirmer, penser, etc.) ;
Ex. : « Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression […] »
– des adverbes et des locutions adverbiales de sentiment (hélas !, heureusement, etc.), d’opinion (peut-être, sans doute, évidemment, bien sûr, etc.) ou d’intensité (très, trop, suffisamment, etc.).
Pour impliquer le destinataire
dans son raisonnement, le locuteur utilise la deuxième personne et a recours à des injonctions ou à des interrogations rhétoriques.
Ex. : « Le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? »

    1.2. Un discours organisé

Pour être efficace, le discours argumentatif doit être organisé : les arguments sont souvent reliés par des connecteurs logiques, qui expriment l’opposition (mais, or, cependant, néanmoins, pourtant, toutefois, en revanche, etc.), la cause (car, en effet, etc.), la conséquence (donc, c’est pourquoi, aussi, ainsi, par conséquent, etc.).
La première étape d’une argumentation correspond souvent à l’exposé de la thèse que l’on veut défendre ou réfuter. Puis le locuteur présente des arguments ou des objections, souvent étayés par des exemples (tirés de l’expérience personnelle, de l’histoire ou de l’actualité).
Le schéma argumentatif peut varier : le locuteur peut choisir de défendre sa propre thèse et de passer sous silence la thèse adverse ; il peut aussi commencer par réfuter la thèse adverse ou, à l’inverse, feindre de concéder certains points à la thèse adverse afin de mieux disposer le destinataire à accepter la sienne.

2. Comprendre les stratégies de la persuasion

Pour convaincre, le locuteur s’adresse à la raison. Ainsi, pour défendre la scolarité obligatoire, on peut recourir à différents arguments rationnels : le principe de l’égalité, l’éveil à la citoyenneté ou encore le calcul économique (investir aujourd’hui pour avoir demain une main d’œuvre qualifiée). Le raisonnement peut aller du général au particulier (raisonnement déductif), du particulier au général (raisonnement inductif) ou conduire à la mise en parallèle de deux situations (raisonnement analogique).

Pour persuader, le locuteur s’adresse aux sentiments, à l’affectivité. Certains arguments visent ainsi à provoquer la compassion, l’indignation.
Ex. : « Messieurs, ne négligez pas ceci, vous ne le pouvez pas ; n’oubliez pas les 624 000 enfants, le septième de la population scolaire, qui, en 1876, ne recevaient aucune instruction, n’apprenaient ni à lire, ni à écrire, ne recevaient aucune notion de l’histoire de leur pays, aucune notion de moralité générale. Ces enfants, pouvez-vous les laisser dans cet état inférieur ? » (Discours de Paul Bert, le 4 décembre 1880).

Exemple tiré d'Antigone

Observer les liens logiques (en rouge), les arguments (soulignées),le tutoiement qui cherche à toucher les sentiments d'Antigone (persuasion)...

La tirade de Créon p 68/69:

    L’orgueil d’Œdipe .Tu es l’orgueil d’Œdipe. Oui maintenant que je l’ai retrouvé au fond de tes yeux, je te crois. Tu as dû penser que je te ferai mourir . Et cela te paraissait un dénouement tout naturel orgueilleuse ! Pour ton père non plus- je ne dis pas le bonheur-il n’en était pas question-le malheur humain, c’était trop peu. L’humain vous gêne aux entournures dans la famille. Il vous faut un tête à tête avec le destin et la mort.(…). Eh bien non. Ces temps sont révolus pour Thèbes. Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoires. Moi, je m’appelle seulement Créon, Dieu merci.(…) Mais puisque je suis là pour le faire, je vais le faire(…) .Les rois ont autre chose à faire que du pathétique personnel, ma petite fille.(…) Alors, écoute- moi bien(...).Mais, je t'aime bien tout de même avec ton sale caractère.

Voici un autre exemple de l'argumentation mais sous une forme ironique:

  Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais:

  Le peuple d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

   Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par les esclaves.

   Ceux dont il s'agit sont noirs, depuis les pieds jusqu'à la tête; et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre.

   On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout un a âme bonne, dans un corps tout noir...

   On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

   Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.

   Il est impossible que nous supposions que ces gens là soient des hommes parce que si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

MONTESQUIEU , De l'Esprit des lois.   XVIII ème  siècle 

Le texte suivant est un bon exemple du style oratoire

Mitterrand, le Coup d'État permanent (extrait)

En 1964, un an avant l’élection présidentielle, François Mitterrand, incontestable champion de l’anti-gaullisme et ayant gagné ses galons d’homme de gauche, cherche à légitimer sa position de présidentiable. Convoquant son talent d’écrivain, il publie le Coup d’État permanent, pamphlet ayant un double objectif : convaincre les lecteurs du caractère autocratique et arbitraire du pouvoir gaulliste ; poser en filigrane et sans se dévoiler complètement, l’idée d’une alternative de gauche et d’un destin élyséen dont il serait le porte-drapeau :

Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, Xème époque, 1793

                                  L'ÉGALITÉ D'INSTRUCTION

        L'égalité d'instruction que l'on peut espérer d'atteindre mais qui doit suffire, est celle qui exclut toute dépendance, forcée ou volontaire. Nous montrerons, dans l'état actuel des connaissances humaines, les moyens faciles de parvenir à ce but, même pour ceux qui ne peuvent donner à l'étude qu'un petit nombre de leurs premières années, et, dans le reste de leur vie quelques heures de loisir. Nous ferons voir que, par un choix heureux, et des connaissances elles-mêmes, et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chacun a besoin de savoir pour l'économie domestique 1, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie 2 et de ses facultés, pour connaître ses droits, les défendre et les exercer ; pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir les bien remplir ; pour juger ses actions et celles des autres d'après ses propres lumières, et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent la nature humaine ; pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l'exercice de ses droits, pour être en état de choisir et de les surveiller ; pour n'être plus la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie de craintes superstitieuses et d'espérances chimériques 3 ; pour se défendre contre les préjugés avec les forces de sa raison ; enfin pour échapper au prestige du charlatanisme, qui tendrait des pièges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver.

        Dès lors, les habitants d'un même pays n'étant plus distingués entre eux par l'usage d'une langue plus grossière ou plus raffinée ; pouvant également se gouverner par leurs propres lumières, n'étant plus bornés à la connaissance machinale des procédés d'un art et de la routine d'une profession ; ne dépendant plus, ni pour les moindres affaires, ni pour se procurer la moindre instruction, d'hommes habiles qui les gouvernent par un ascendant nécessaire 4, il doit en résulter une égalité réelle,

puisque la différence des lumières et des talents ne peut plus élever une barrière entre des hommes à qui leurs sentiments, leurs idées, leur langage, permettent de s'entendre, dont les uns peuvent avoir le désir d'être instruits par les autres, mais n'ont pas besoin d'être conduits par eux ; dont les uns peuvent vouloir confier aux plus éclairés le soin de les gouverner, mais non être forcés de le leur abandonner avec une aveugle confiance...

        Si l'instruction est plus égale, il en naît une plus grande égalité dans l'industrie, et dès lors dans les fortunes ; et l'égalité des fortunes contribue nécessairement à celle de l'instruction, tandis que l'égalité entre les peuples, comme celle qui s'établit pour chacun, ont encore l'une sur l'autre une influence mutuelle.

        Enfin, l'instruction bien dirigée corrige l'inégalité naturelle des facultés, au lieu de la fortifier, comme les bonnes lois remédient à l'inégalité naturelle des moyens de subsistance ; comme dans les sociétés où les institutions auront amené cette égalité, la liberté, quoique soumise à une constitution régulière, sera plus étendue, plus entière que dans l'indépendance de la vie sauvage. Alors, l'art social aura rempli son but, celui d'assurer et d'étendre pour tous la jouissance des droits communs, auxquels ils sont appelés par la nature.

        Les avantages réels, qui doivent résulter des progrès dont on vient de montrer une espérance presque certaine, ne peuvent avoir de terme que celui du perfectionnement même de l'espèce humaine, puisque, à mesure que divers genres d'égalité l'établiront pour des moyens plus vastes de pourvoir à nos besoins, pour une instruction plus étendue, pour une liberté plus complète, plus cette égalité sera réelle, plus elle sera près d'embrasser tout ce qui intéresse véritablement le bonheur des hommes.

1. Domestique : qui concerne la vie à la maison, en famille. 2. industrie : habileté. 3. espérances chimériques : espoirs irréalisables. 4. ascendant nécessaire : une domination qui s'impose d'elle-même.

QUESTIONS (10 points)

1)Relevez les marques de la présence de l'auteur contenues dans le premier paragraphe(Jusqu'à :"de le sauver")(2 pts)

2) Comment l'argumentation de Condorcet s'organise-t-elle ? Pour répondre à cette question, vous mettrez en évidence les différentes étapes de son raisonnement en soulignant les connecteurs logiques. (4 pts)

Puis vous dégagerez la conclusion à laquelle il parvient. (1 pt)

3) Relevez deux moyens de persuasion utilisés par l'auteur et proposez, pour chacun d'eux, deux exemples relevés dans le

texte. (3 pts)

TRAVAIL D'ÉCRITURE (10 points)

Le passage proposé traduit le souci d'une culture concrète et pratique. Que pensez-vous de cette forme d'instruction ? Vous paraît-elle plus apte à vous préparer à la vie active qu'une culture théorique et livresque ?

Vous proposerez votre réponse, sous la forme d'un développement argumenté, illustré d'exemples précis.