PREMIÈRE
BAC. ÉVALUATION
EUGÉNIE
GRANDET,
BALZAC
TEXTE :
Tiens, mais il est onze heures, j'ai été matinal.
-Matinal?...
dit madame Grandet.
- Oui, mais je voulais ranger mes affaires. Eh bien! je mangerais
volontiers quelque chose, un rien, une volaille, un perdreau.
- Sainte Vierge! cria Nanon en entendant ces paroles.
- Un perdreau, se disait Eugénie, qui aurait voulu payer un perdreau de
tout son pécule.
- Venez vous asseoir, lui dit sa tante.
Le dandy se laissa aller sur le fauteuil comme une jolie femme qui se
pose sur son divan. Eugénie et sa mère prirent des chaises et se mirent près
de lui devant le feu.
- Vous vivez toujours ici? leur dit Charles en trouvant la salle encore
plus laide au jour qu'elle ne l'était aux lumières.
- Toujours, répondit Eugénie en le regardant, excepté pendant les
vendanges. Nous allons alors aider Nanon, et logeons tous à l'abbaye de Noyers.
- Vous ne vous promenez jamais?
- Quelquefois le dimanche après vêpres, quand il fait beau, dit madame
Grandet, nous allons sur le pont, ou voir les foins quand on les fauche.
- Avez-vous un théâtre?
- Aller au spectacle, s'écria madame Grandet, voir des comédiens! Mais,
monsieur, ne savez-vous pas que c'est un péché mortel?
- Tenez, mon cher monsieur, dit Nanon en apportant les œufs, nous vous
donnerons les poulets à la coque.
- Oh! des oeufs frais, dit Charles, qui, semblable aux gens habitués au
luxe, ne pensait déjà plus à son perdreau. Mais c'est délicieux, si vous
aviez du beurre? Hein, ma chère enfant.
- Ah! du beurre! Vous n'aurez donc pas de galette, dit la servante.
- Mais donne du beurre, Nanon? s'écria Eugénie.
La jeune fille examinait son cousin coupant ses mouillettes et y prenait
plaisir, autant que la plus sensible grisette de Paris en prend à voir jouer un
mélodrame où triomphe l'innocence. Il est vrai que Charles, élevé par une mère
gracieuse, perfectionné par une femme à la mode, avait des mouvements coquets,
élégants, menus, comme le sont ceux d'une petite-maîtresse. La compatissance
et la tendresse d'une jeune fille possèdent une influence vraiment magnétique.
Aussi Charles, en se voyant l'objet des attentions de sa cousine et de sa tante,
ne put-il se soustraire à l'influence des sentiments qui se dirigeaient vers
lui en l'inondant pour ainsi dire. Il jeta sur Eugénie un de ces regards
brillants de bonté, de caresses, un regard qui semblait sourire. Il s'aperçut,
en contemplant Eugénie, de l'exquise harmonie des traits de ce pur visage, de
son innocente attitude, de la clarté magique de ses yeux, où scintillaient de
jeunes pensées d'amour, et où le désir ignorait la volupté.
- Ma foi, ma chère cousine, si vous étiez en grande loge et en grande
toilette à l'Opéra, je vous garantis que ma tante aurait bien raison, vous y
feriez faire bien des péchés d'envie aux hommes et de jalousie aux femmes.
Ce compliment étreignit le coeur d'Eugénie, et le fit palpiter de joie,
quoiqu'elle n'y comprît rien.
QUESTIONS :
1. Quand Charles
dit "J'ai été matinal!", pourquoi est-ce comique?
2. Pourquoi Eugénie
observait-elle Charles?
3. Comment
Balzac explique-t-il l'aspect féminin de Charles?
4. Proposez un découpage de ce texte en mouvements et donnez un titre à chacun.
5. Montrez par un indice du texte qu’il s’agit d’une focalisation zéro.
6.Quel caractère d’Eugénie est mis en relief dans ce texte ? Justifiez votre réponse.
7. Dégagez du texte : une métaphore- une ellipse- une personnification.
8. PE : « L’Homme n’est que le produit de son milieu ».
A la lumière de cette réflexion, présentez brièvement le personnage d’Eugénie.