Souvenir du cycle de préparation à l'agrégation Meknès 2004(ave M.J.L.Joly)
Parmi les 10collègues sur la photo, 5 seulement ont eu le concours national cette année!

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             Enseignement :                Etre agrégé au Maroc, à quoi ça rime ?

         Entre des objectifs purement rhétoriques, une stratégie absurde et une perspective vague, l’enseignement ne peut déboucher que sur des profils à la limite de la fiction  romanesque :

         Dino Buzzati(1) dans son roman « Le désert des Tartares », nous parle de Giovani Drogo, un jeune homme studieux qui ayant réussi  ses études militaires avec brio se voit affecté dans le désert (au Fort Bastiani). Alors chevauchant vers cette destinée qu’il espère être le théâtre de ses futurs exploits, il fut déçu de se voir privé de son baptême de feu : Formé pour être soldat, il n’aura jamais l’occasion de faire la guerre. Tel, malheureusement, est le sort réservé à beaucoup de diplômés marocains, un sort digne de la fiction.

         Les agrégés marocains n’échappent pas à la règle, formés dans des conditions rigoureuses pour doter le système éducatif d’enseignants de haute qualité, ils sont ensuite confrontés à l’absurde qui paraphe la réalité de notre enseignement. L’agrégation, je cite à la lettre le texte fondateur, a été mise en place pour les raisons suivantes :  « Dans l’esprit d’enrichir, d’améliorer la qualité et rendre notre enseignement plus performant, un accord a été conclu avec la France le 31 juillet 1984 pour la création de l’agrégation au Maroc. En l’année scolaire 1985-86, naquit notre système d’agrégation. L’agrégation est un concours difficile qui nécessite une préparation rigoureuse, les connaissances à maîtriser étant nombreuses….Par ailleurs, les objectifs assignés à cette création étaient multiples :

(1)Former des professeurs hautement qualifiés, possédant de solides connaissances théoriques et pratiques capables d’intervenir efficacement à différents niveaux de notre système d’enseignement ; (2)Assurer la relève des coopérants français exerçant dans les CPGE et les CPA ;  (3)Contribuer à la conception des documents pédagogiques, des manuels scolaires et d’outils didactiques. » (2)

         Qu’en est –il dans la réalité vingt ans après la création de cette formation ?  On n’a pas besoin d’être dans le domaine pour se rendre compte que les objectifs tracés sont loin d’être atteints. Si la formation des agrégés continue à pourvoir le système scolaire d’enseignants de bonne qualité, certes avec une baisse de niveau de plus en plus évidente d’année en année, les lauréats ne sont pas encore reconnus et aucun diplôme ne leur est délivré. Quant à intervenir efficacement ou à contribuer à la conception des documents pédagogiques (…), il n’est même pas question d’y penser sans se confronter aux « éléphants » qui s'approprient pour l’éternité le droit de concevoir les documents pédagogiques et bien sûr les manuels scolaires dont les droits d’auteur drainent les intérêts que l’on sait et dont la médiocrité entraîne les retombées catastrophiques que personne n’ignore aujourd’hui.   

         En effet, en l’absence d’une stratégie claire et d’un statut bien défini pour mettre à profit les compétences des agrégés, ces derniers se retrouvent livrés aux aléas d’une gestion de ressources humaines qui régit, encore, en terme de quantité et non en terme de qualité, le souci majeur étant de « colmater les brèches » et non de mettre chacun à sa place et en fonction de ses compétences.

         Alors, on s’interroge sur l’utilité de continuer à former des cadres sans statut et dont on ne sait que faire. Si c’est pour calquer le modèle français, et c’est le cas dans la forme et non dans le fond comme d’habitude, pourquoi faire donc les choses à moitié et ne pas aller jusqu’au bout et doter ces enseignants d’un statut clairement défini et selon une visée bien déterminée ? Persévérer sur cette voie est à plus d’un titre insensé et ne fera que décrédibiliser ce diplôme de renommée internationale dont pourtant d’autres pays africains, justement qui se sont inspiré de l’exemple français à bon escient, ont fait un usage utile, à l’instar de la Tunisie.

         On ne peut, finalement, que s’étonner de voir que notre enseignement  dont le rôle est d’initier « le sens » s’enlise de plus en plus dans le non-sens en s’acharnant à continuer de générer des diplômes qu’il ne reconnaît pas.

(1) Ecrivain italien

(2) Voir, le site du Ministère de l’Education Nationale.             Behri Abdelaaziz, professeur

            Agrégé ; Lycée Guenoun Rabat    

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