L'auteur

Driss Chraibi est né en 1926 à El-Jadida,au Maroc, dans une famille aisée
d’origine fassie. Il fréquente d’abord l’école coranique, puis l'école
française et il obtient le baccalauréat au lycée Lyautey de Casablanca.
Le 21 septembre 1945, il s’installe à Paris pour étudier la chimie et
obtient son diplôme d’ingénieur en 1950. Il s’intéresse alors à la
neuropsychiatrie, exerce différents petits métiers (photographe ambulant,
veilleur de nuit, débardeur, manoeuvre, assureur, professeur d’arabe).
Il parcourt l' Europe et finit par se tourner vers la littérature, estimant
que la science engendre la perte de la spiritualité.
A l’âge de vingt-huit ans, Chraïbi publie Le Passé simple. Ce premier
ouvrage, d'une rare violence, projetait le roman maghrébin d’expression
française vers des thèmes majeurs : poids de l’islam, condition féminine
dans la société arabe, identité culturelle, conflit des civilisations. Ce
livre sera interdit au Maroc jusqu’en 1977.
Il a écrit pendant trente ans pour la radio, notamment pour France-Culture.
Depuis vingt ans, il voyage et fait des conférences dans le monde entier

L'histoire

Deux jeunes garçons nous racontent l'histoire de leur vie et surtout celle
de leur mère, découvrant le monde extérieur, la modernité... C’est
l’histoire d’une femme douce et fragile, mariée très jeune et qui devient
vite une mère. Elle ne se rend pas compte que le monde se développe et
change. après être restée longtemps enfermée dans la maison d’un homme, ni
méchant, ni despote, mais sombrant dans la tradition. La femme se libère
petit à petit des préjugés et de l’ignorance... Tout en restant simple et
drôle, elle s’intéresse au combat pour l’indépendance, adhère aux mouvements
de libération des femmes et milite en faveur du Tiers monde... le parcours
de cette femme est tout un symbole.
Première partie "Etre".

Etre:, c’est exister, survivre, la mère découvre les objets de la société de
consommation : la radio, le téléphone, le fer à repasser, le cinéma. Un
jour, elle voit le général de Gaulle. Ces évènements déclenchent chez elle
la prise de conscience de son ignorance, de son aliénation et la curiosité
pour le monde extérieur.
Deuxième partie "Avoir".

Avoir: renvoie chez la mère à son désir de lutter, de prendre conscience, de
découvrir et de posséder le monde dans lequel elle vit, la mère enterre
certains objets. Cet acte est symbolique de la mise à mort de son passé de
réclusion et de sa renaissance à une vie nouvelle. Cette curiosité au monde
se répercute sur son fils Nagib, qu’elle déstabilise constamment avec ses
questions incessantes. Chaque dimanche, elle organise des « déjeuners-débats
» dans lesquels elle communique ses connaissances. Elle veut ainsi
transmettre le désir d’émancipation à la population. Elle se heurte aux
hommes qui sont réticents car beaucoup refusent que leur épouse en sache
plus qu’eux. A la fin du roman, le père prend conscience de l’erreur
économique et culturelle que constitue l’enfermement de la femme. La mère
décide de partir en Occident, et son fils, Nagib, la rejoint clandestinement
sur le bateau afin de partir avec elle.

LE NARRATEUR

Deux narrateurs, ce sont les deux fils. Dans la première partie c'est le
fils le plus jeune qui part vers l’occident à la fin de la première partie
qui raconte, puis, dans la seconde partie, c’est Nagib, le fils aîné, qui
prend le relais. Ce choix narratif permet de rendre compte des liens très
forts existant entre les fils et la mère et de ressortir la tendresse,
l’amusement et l’admiration qu’ils ressentent envers leur mère.

LE HEROS

La mère était le modèle parfait d'une femme marocaine soumise et analphabète
qui mène un mode de vie traditionnel et complètement dépassé par le progrès
technologique. Mais un changement radical se produit durant la guerre et
après l'indépendance, elle s'intéresse au mouvement de libération des
femmes, même son mari ne la reconnaît plus. C'est à la fin de l'oeuvre qu'on
découvre une nouvelle femme instruite et intelligente qui sait conduire, et
qui s'habille à l'européenne.