CANDIDE
L'Utopie de L'Eldorado
De "Ils
approchèrent enfin de la première maison..." à "...tout allait
assez mal en Westphalie"."
INTRODUCTION
Ce texte est un extrait de Candide,
de Voltaire : c'est un conte philosophique ; Candide, héros
éponyme du conte, a été chassé du château dans lequel il a passé son enfance et
parcourt le monde pour retrouver Cunégonde, dont il a été séparé.
Il vient de fuir les jésuites au Paraguay, et est accompagné de
Cacambo qu'il a rencontré là-bas. Poursuivis, ils ne savent plus où se rendre :
ils n'en peuvent plus et, épuisés, se laissent porter par le courant d'un
fleuve à bord d'un canot.
Ils arrivent par hasard à L'Eldorado : ils ont failli mourir dans
les remous du fleuve. Voltaire force ici l'aspect merveilleux de ce pays : il
annonce l'utopie.
LECTURE
Ils approchèrent enfin de la
première maison du village ; elle était bâtie comme un palais d'Europe. Une
foule de monde s'empressait à la porte, et encore plus dans le logis. Une
musique très agréable se faisait entendre, et une odeur délicieuse de cuisine
se faisait sentir. Cacambo s'approcha de la porte, et entendit qu'on parlait
péruvien ; c'était sa langue maternelle : car tout le monde sait que Cacambo
était né au Tucuman, dans un village où l'on ne connaissait que cette langue. «
Je vous servirai d'interprète, dit-il à Candide ; entrons, c'est ici un
cabaret. » Aussitôt deux garçons et deux filles de l'hôtellerie, vêtus de drap
d'or, et les cheveux renoués avec des rubans, les invitent à se mettre à la
table de l'hôte. On servit quatre potages garnis chacun de deux perroquets, un
contour bouilli qui pesait deux cents livres, deux singes rôtis d'un goût
excellent, trois cents colibris dans un plat, et six cents oiseaux-mouches dans
un autre ; des ragoûts exquis, des pâtisseries délicieuses ; le tout dans des
plats d'une espèce de cristal de roche. Les garçons et les filles de l'hôtellerie
versaient plusieurs liqueurs faites de canne de sucre.
Les convives étaient pour la plupart
des marchands et des voituriers, tous d'une politesse extrême, qui firent
quelques questions à Cacambo avec la discrétion la plus circonspecte, et qui répondirent
aux siennes d'une manière à le satisfaire.
Quand le repas fut fini, Cacambo
crut, ainsi que Candide, bien payer son écot en jetant sur la table de l'hôte
deux de ces larges pièces d'or qu'il avait ramassées ; l'hôte et l'hôtesse
éclatèrent de rire, et se tinrent longtemps les côtés. Enfin ils se remirent :
« Messieurs, dit l'hôte, nous voyons bien que vous êtes des étrangers ; nous ne
sommes pas accoutumés à en voir. Pardonnez-nous si nous nous sommes mis à rire
quand vous nous avez offert en payement les cailloux de nos grands chemins. Vous
n'avez pas sans doute de la monnaie du pays, mais il n'est pas nécessaire d'en
avoir pour dîner ici. Toutes les hôtelleries établies pour la commodité du
commerce sont payées par le gouvernement. Vous avez fait mauvaise chère ici,
parce que c'est un pauvre village ; mais partout ailleurs vous serez reçus
comme vous méritez de l'être. » Cacambo expliquait à Candide tous les discours
de l'hôte, et Candide les écoutait avec la même admiration et le même égarement
que son ami Cacambo les rendait. « Quel est donc ce pays, disaient-ils l'un et
l'autre, inconnu à tout le reste de la terre, et où toute la nature est d'une
espèce si différente de la nôtre ? C'est probablement le pays où tout va bien ;
car il faut absolument qu'il y en ait de cette espèce. Et, quoi qu'en dît
maître Pangloss, je me suis souvent aperçu que tout allait assez mal en
Westphalie. »
ANNONCE DES AXES
I-Les caractéristiques de l'utopie
II-L' ironie de Voltaire
ETUDE
I- Les
caractéristiques de l'utopie
1- Le luxe et la richesse
2- un
monde de plaisir et de bonheur
3-politesse et savoir-vivre
Conclusion partielle : Voltaire fournit absolument tout ce qui
consitue un monde idéal : les gens sont heureux, riches et tout le monde
s'entend bien. Ce monde idéal émerveille Candide et Cacambo qui ne croient pas
ce qu'ils voient. Mais cette incrédulité est aussi celle du lecteur, car
Voltaire force les traits de l'utopie à dessein.
II- La satire : l'ironie de Voltaire
1- il force les traits de l'utopie
et l'aspect merveilleux
2- la morale de Voltaire
CONCLUSION
Ce monde idéal nous est présenté
avec ironie : ce pays est absolument merveilleux, tout le monde y est heureux,
mais il n'existe pas. Voltaire nous rappelle en quoi consiste nos rêves. Il
dénonce l'utopie, et avec l'utopie, il dénonce le rêve : il faut être réaliste,
arrêter de rêver.
Mais cet extrait pose aussi une question : après avoir vu ce
monde idéal, que faut-il faire? Le texte qui termine Candide répond à
cette question : Candide et ses amis achètent une ferme et cultivent leur
jardin. C'est la morale de Candide : Voltaire nous rappelle que le
bonheur est le fruit du travail et non du rêve.
=> rapprochement : Lettres Persanes, de Montesquieu : dans la lettre 12, il parle des
troglodytes, et dénonce lui aussi l'utopie d'un monde idéal.
in: http://www.chez.com/bacfrancais/candide-eldorado.html